Connaissez-vous la réalité du travail des profs au Québec ?

Plongez-vous dès maintenant au cœur de la matière.
Au programme : précarité d’emploi, surcharge de travail, retard salarial
et classes déséquilibrées.

Leçon de mathématiques

Environ 50 % des profs ont un statut précaire.

Ce qui signifie qu’ils ne savent pas s’ils vont travailler et quelle sera leur tâche l’an prochain. Dans certains milieux, comme à l’éducation des adultes et à la formation professionnelle, c’est pratiquement trois profs sur quatre qui sont à statut précaire !

 

Si plusieurs Québécoises et Québécois croient que travailler dans la fonction publique et parapublique est synonyme de sécurité d’emploi, ce n’est pas le cas pour près d’un enseignant sur deux. Dans certains ordres d’enseignement, comme à la formation générale des adultes et à la formation professionnelle, c’est pratiquement trois enseignantes ou enseignants sur quatre qui sont à statut précaire! Ils ne savent pas d’une année à l’autre s’ils enseigneront, dans quelle école et quelle sera leur tâche.

Un long processus qui contribue au décrochage des profs
En effet, ils peuvent être confrontés à l’incertitude pendant plusieurs années avant d’obtenir un contrat les menant à une permanence. Le haut taux de décrochage du personnel enseignant dans les premières années de pratique n’y est certainement pas étranger.

De plus, les tâches que les enseignantes et enseignants à statut précaire acceptent pour pouvoir travailler à temps plein sont exigeantes. Ils composent souvent avec un horaire à la pièce, sans continuité, et des déplacements d’un établissement ou d’un centre à l’autre. De surcroît, ils enseignent d’une année d’études à l’autre et parfois même d’une matière à l’autre. Ces conditions inacceptables s’accompagnent d’impératifs de préparation imposants. Par ailleurs, pour remplir leurs obligations financières, certains enseignants et enseignantes se résignent à occuper un deuxième emploi dans un domaine différent.

Les suppléantes et suppléants, pour leur part, remplacent au pied levé les enseignantes et enseignants qui se sont absentés, par exemple pour se perfectionner ou encore pour prendre soin de leur enfant malade. Cette réalité fait en sorte qu’il n’y a aucune prévisibilité quant à leur emploi du temps, leur lieu de travail et l’année d’études à laquelle ils devront enseigner. En plus de ces conditions difficiles, les suppléantes et suppléants sont payés selon un calcul basé sur le premier échelon salarial, peu importe leur nombre d’années d’expérience et leur scolarité.

La précarité d’emploi des profs, faut que ça change maintenant!

Leçon de physique

À force d’étirer la tâche des profs, leur santé lâche.

L’ajout constant de responsabilités et de tâches à accomplir accentue la pression que ressentent les enseignantes et enseignants. Leur tâche se complexifie et leurs heures de travail s’allongent. Le temps d’enseignement, lui, est comprimé. Tout le monde écope, aussi bien les profs que leurs élèves.

 

La tâche des profs s’est considérablement complexifiée par l’ajout constant de responsabilités et de tâches à accomplir. Prenons, par exemple, l’intégration d’élèves en difficulté, le foisonnement des projets particuliers, l’ajout des apprentissages à la sexualité et des contenus en orientation scolaire et professionnelle, les récréations obligatoires, etc. Alors que ces contenus ne sont pas inscrits à la grille-matières, ils doivent être vus pendant l’année. Comme la semaine de travail n’est pas élastique, le temps qu’ont les enseignantes et enseignants pour couvrir l’ensemble du programme est comprimé.

Plusieurs chapeaux à la fois
L’augmentation du nombre d’élèves ayant des besoins particuliers dorénavant intégrés dans les classes a contribué à complexifier la tâche du personnel enseignant. En effet, de nombreux élèves par classe nécessitent une ou plusieurs mesures adaptatives prévues dans un plan d’intervention, par exemple leur fournir des outils technologiques comme soutien à la lecture ou encore leur accorder un tiers de plus de temps pour terminer un examen, etc. L’enseignante ou l’enseignant doit mettre en place et gérer chacune de ces mesures adaptatives pour chacun de ses élèves. Par conséquent, il n’enseigne plus à un groupe d’élèves, mais à chaque élève individuellement en fonction de ses besoins particuliers. Dans les faits, l’enseignante ou l’enseignant compense le manque de services disponibles pour combler les besoins des élèves. Il doit revêtir plusieurs chapeaux à la fois dans sa classe : technicienne ou technicien en éducation spécialisée, psychologue, orthopédagogue, etc.

Marathon pour des résultats
La course aux statistiques amenée par la gestion axée sur les résultats (GAR) a aussi complexifié la tâche. Ce mode de gestion, plus apparenté à l’entreprise privée, est présent davantage dans le milieu scolaire. En plus d’ajouter des tâches administratives qui n’enrichissent en rien les apprentissages des élèves, la GAR laisse faussement croire que l’enseignante ou l’enseignant est le seul facteur de réussite scolaire pour les élèves.

Avec la GAR viennent les cibles de réussite chiffrées. Malheureusement, atteindre ces cibles devient la priorité au détriment de l’autonomie pédagogique des enseignantes et enseignants. Cette tendance se traduit entre autres par des pratiques visant uniquement la réussite des examens. Cette dérive de la GAR fait en sorte qu’ils sont dans l’obligation de voir avec leurs élèves les seuls éléments qui seront évalués dans les épreuves plutôt que de couvrir l’ensemble du programme.

Gestion des outils technologiques
Bien que les outils technologiques soient incontournables, leur arrivée a transformé le quotidien du personnel enseignant. L’utilisation des ordinateurs ou des tablettes électroniques lui demande de développer une expertise en informatique, que ce soit pour trouver des applications adéquates pour ses projets ou entretenir le matériel informatique. Qui plus est, puisque les techniciennes et techniciens en informatique ne sont pas toujours disponibles lorsqu’un problème survient, il doit trouver lui-même les solutions.

De plus, l’émergence des courriels fait en sorte que l'enseignante ou l’enseignant doit répondre à toute heure aux courriels des parents qui tentent, avec raison, de le joindre.

Répercussions sur les profs et les élèves
Le réflexe de confier de nouvelles responsabilités aux profs chaque fois que le gouvernement souhaite résoudre une problématique se traduit nécessairement par un manque de temps pour accomplir leur liste de tâches déjà longue. C’est donc leur santé, leur vie personnelle et leurs élèves qui écopent.

La surcharge de travail des profs, faut que ça change maintenant!

Des témoignages intéressants

Leçon de géographie

Le Québec est la province où les profs sont les moins bien payés.

En début de carrière, après 10 ans ou sur l’ensemble de leur carrière, les profs québécois font face à la même réalité : ils sont moins bien payés que leurs collègues canadiens. De plus, ils doivent attendre plus longtemps avant d’atteindre l’échelon salarial maximal.

 

Le Québec est la province canadienne où les enseignantes et enseignants sont les moins bien payés. En effet, dès le début de leur carrière, l’écart avec leurs collègues canadiens est important, avec un salaire annuel inférieur de 13 500 $ à la rémunération moyenne versée dans les autres provinces. En fin de carrière, une enseignante ou un enseignant québécois gagnera pratiquement 20 000 $ de moins annuellement que ceux d’Ontario!

En plus de recevoir un salaire d’entrée anémique, le personnel enseignant québécois devra attendre quinze ans avant d’atteindre le maximum de son échelon salarial, alors que partout ailleurs au Canada, il l’atteint après dix ou onze ans. Ces deux éléments réunis créent un retard salarial important pour les enseignantes et enseignants québécois. En effet, celui-ci perdurera tout au long de leur carrière, avec une moyenne salariale de 10 900 $ inférieure à celle de leurs collègues canadiens.

Le retard salarial des profs, faut que ça change maintenant!

Salaire statutaire annuel des enseignants des établissements publics

Leçon de chimie

La composition actuelle des classes nuit à l’apprentissage.

Le nombre croissant de projets sélectifs, comme Sports-études ou les programmes d’éducation internationale, combiné à l’intégration plus large des élèves en difficulté, fait en sorte que ces derniers sont concentrés dans les mêmes classes. Les élèves en difficulté sont privés de la présence de collègues plus forts. Et les profs manquent de personnes ressources pour les épauler.

 

La classe régulière n’a plus rien de régulier! Cette réalité résulte de la popularité grandissante des projets particuliers sélectifs, qui ont vidé la classe régulière de ses élèves les plus doués, ainsi que d’une plus grande intégration des élèves ayant des besoins particuliers. Cette intégration devait s’accompagner de services professionnels et de soutien pour épauler les élèves et le personnel enseignant. Cependant, les services promis n’ont pas été au rendez-vous.

Plus de diversité dans les classes
Dans certains milieux, une classe régulière peut être composée de 40 % d’élèves ayant des besoins particuliers. Par conséquent, les élèves à risque ou en difficulté sont concentrés dans les mêmes classes et sont privés de la présence d’élèves plus forts. Cette situation est d’autant plus malheureuse que de nombreuses recherches démontrent qu’une plus grande mixité d’élèves dans les classes favorise la réussite de ceux en difficulté, sans nuire aux plus doués.

Manque de services à la formation générale des adultes et à la formation professionnelle
Les défis de la composition de la classe se vivent de façon différente à la formation générale des adultes et à la formation professionnelle. Les élèves inscrits dans ces formations ont des profils fort différents les uns des autres. Dans une même classe peuvent être réunis des élèves avec des écarts d’âge importants, des objectifs de formation variés et des parcours de vie diversifiés. Alors qu’au secteur des jeunes un plan d’intervention pouvait être établi afin de déterminer les services nécessaires pour répondre à leurs besoins, ce n’est plus le cas dans les centres de formation générale des adultes ou de formation professionnelle. Ces élèves ont aussi des besoins, et le manque de services à ces ordres d’enseignement est tout aussi criant!

La composition des classes, faut que ça change maintenant!